Mais d’abord, donne-moi la main. Voilà, ici. Prends-moi, serre les doigts. N’aie pas peur. Tu, peux serrer. C’est bon ! Serre plus fort. Mais toutes ces étoffes sont bien gênantes…Ecarte-les, je veux sentir ta main sur ma chair nue…Tu ne veux pas ? De quoi as-tu peur ? Mais, soit, je serai patient…D’une main, je vais recommencer à caresser tes seins, à passer de l’une à l’autre des petites pointes dures. De l’autre, je presserai plus fort contre le triangle. Et quand tu recommenceras à gémir et à m’appeler, je serai là ma chérie. J’entrouvrirai mes lèvres avec ma langue, je la glisserai entre tes dents serrées et les mouvements mêmes que tu feras avec la tienne pour me repousser te feront connaître le goût des baisers…
Tu ne résistes plus maintenant. Tu acceptes mon ventre nu et cette chair chaude qui tremble entre tes doigts. Tu vois comme elle est douce et lisse ? De quoi avais-tu peur ? Elle ne peut rien contre toi, rien sans toi. Tiens-la bien, serre ta main très fort…
Et moi aussi je serre plus fort ton triangle, mon doigt atteint la pointe la plus basse, celle qui se cache entre tes cuisses, le petit bord renflé… Oui, c’est bien, spontanément tu écartes les jambes pour me laisser aller plus avant. Mon doigt touche la pulpe d’un fruit chaud et humide, il descend le long d’une fente craintive et impatiente. Ta main, autour de moi, suit le rythme que la mienne lui suggère, et, plus mon doigt s’enfonce, plus fort tu me serres.
Je sens maintenant une petite pointe dure, comme une perle minuscule, cachée sous des replis soyeux et, au moment où je m’y arrête, tu pousses un nouveau gémissement, ta main se crispe sur moi avec une telle force que j’aurais mal…si ce n’était si bon. En réponse, je caresse ta perle, je la frotte du bout du doigt. Est-ce ainsi que tu fais quand tu es toute seule ? Qu’est-ce qui te donne le plus de plaisir, ton doigt ou le mien ? Veux-tu que je descende encore plus bas, là où la fente s’ouvre plus large, bée sur des profondeurs encore inconnues de toi et de moi ? Oui, prends ma main, guide la, montre-lui ce que tu veux qu’elle te fasse. Mais toi aussi continue à bien me tenir, à bien me serrer. Que le plaisir vienne pour tous deux en même temps. Il vient, mon doigt frotte de plus en plus vite sur ta perle, ta main monte et descend le long de la tige, tu sais déjà comment la tenir et à quel rythme la parcourir, tu vois, elle gonfle encore, elle s’épanouit, elle a un soubresaut et…
- Philippe ! Philippe
C’est la voix de Tante Lise. Philippe referme en soupirant le cahier de moleskine, le dépose dans sa cachette, laisse tomber la clé dans le vase et se penche à la fenêtre.
- Que veux-tu ?
Lise est debout, au milieu de la terrasse, entourée de grands paniers d’osier, les épaules nues, les cheveux flamboyants dans le soleil.
Je vais chercher des abricots pour faire de la confiture. Tu viens avec moi ?
A suivre
Les doigts tremblants, Philippe s’était exécuté. Le bouton du haut avait dévoilé le creux entre les omoplates, encore accentué par la pose d’Hélène qui continuait à le regarder par-dessus son épaule. En défaisant le deuxième bouton, il avait osé souffler légèrement sur le duvet qui dorait la peau brune.
- Tu me chatouilles !
Il avait réussi à reprendre son calme pour le bouton suivant, mais, à celui d’après, Hélène s’était ébrouée, la robe avait glissé sur ses épaules rondes, noires de soleil. Philippe n’avait pas pu y tenir plus longtemps.
- Tu n’as plus besoin de moi, maintenant, avait-il balbutié.
Et il était sorti en courant.
- Philippe avait crié Tante Lise ; tu es bien pressé ! Où vas-tu ? Les rideaux, il faut rependre les rideaux !
Philippe n’avait pas répondu. Il était pressé, en effet, pressé de remonter jusqu’à sa chambre, de s’enfermer dans la petite pièce sombre, de poser la main sur la bosse qui gonflait son pantalon. Si pressé qu’il n’arrivait pas à trouver la fermeture…Il avait enfin réussi à dégager la tige dure et brûlante. La bouche ouverte, le souffle court, il avait fait saillir la tête rouge et humide et, à peine avait-elle surgi que déjà le jet blanc et chaud giclait entre ses doigts. Le plaisir avait été si brusque, si violent, qui avait eu du mal à retenir un cri et qu’il lui avait fallu plusieurs minutes pour retrouver ses esprits et remettre un peu d’ordre dans sa toilette. Après quoi il avait fallu expliquer à Tante Lise les raisons de sa fuite précipitée, prétexter un malaise…
Aujourd’hui encore, il lui suffit d’y penser pour rougir de honte et de colère. « Ce que j’ai pu être bête ! Me laisser, ainsi, décontenancer pour un rien. Et puis c’est venu beaucoup trop vite. » On ne l’y reprendra plus. Les souvenirs de la semaine dernière ont réveillé en lui le serpent endormi, mais il n’aura plus ces hâtes de puceau, il prendra son temps.
Il commence par s’installer confortablement sur son lit. Puis il cale un oreiller sous son bras gauche et pose la main droite entre ses jambes. Il tâte la bosse dure, promène sur elle le bout de ses doigts, le bord des ongles en essayant de se faire croire que cette main n’est pas la sienne. La bosse gonfle et frémit. Il sent, contre sa paume, ses moindres tressaillements. Il n’en peut plus, il écarte ses vêtements, la tige de chair jaillit, toute seule, toute droite, se dresse, si tendue qu’elle semble prête à éclater. Lentement, il retrousse la peau le long du cône écarlate et luisant, et découvre la tête du serpent, gonflée, satinée, percée en son milieu d’un trou sombre où perle une goutte transparente… « Pas trop vite…faire durer… » Mais sa main, déjà, ne lui, obéit plus, elle a commencé un va-et-vient fiévreux sur le fourreau brandi, elle accélère. Son ventre se creuse, ses reins se cambrent, ses jambes s’écartent, la tête pourpre se distend, le trou palpite comme une bouche, quelque chose se noue au plus profond de lui comme une immense envie de pleurer, qui gonfle, qui éclate, la vague s’enfle, il l’appelle avec frénésie, elle le soulève, l’emporte…Et, tout de suite, c’est le sommet, l’éclatement, l’éclair, trop bref, et tout retombe dans le noir.
Il se laisse aller sur le lit, haletant, pantelant, frustré. « Trop vite, encore une fois…Fini avant d’avoir commencé… »
Il se lève, se lave, se rajuste, retourne à sa table, à son journal.
…Et je n’ai pas changé ! Trop tôt crié victoire. Pourquoi suis-je condamné à me perdre ainsi dans les rêves au lieu de rester tendu pour l’action ? Ah ! Hélène, ma petite Hélène, si je te tenais ! Je te prendrais dans mes bras et tu t’appuierais sur moi comme lorsque tu perdais l’équilibre en descendant de la balançoire. Et je remonterais la mèche qui te pend sur le visage, comme pour te coiffer. Ma main s’attarderait dans tes cheveux. Je les lisserais lentement, mes doigts s’enfonceraient dans leur profondeur. Je te caresserai ainsi, peu à peu, la tête, puis la nuque, jusqu’à ce que tu ronronnes. Tu enfouirais le visage sur mon épaule, tu me laisserais caresser ton cou long et lisse ; et, à chaque mouvement de ma main, j’écarterais un peu plus l’encolure de ta robe.
Tu me laisserais défaire un bouton, je verrais tes petits seins, nus sous le corsage, tes seins à peine gonflés avec leur pointe brune en saillie. Je poserais ma main sur la peau blanche, en dessous de la marque du maillot de bain. Tu serais surprise par cette chaleur inconnue, mais tu me laisserais glisser plus bas, encore plus bas, jusqu’à ce que je puisse envelopper dans ma main un de tes seins tout entier…
Est-ce qu’elle sait que ses seins pourraient lui donner du plaisir ? Ou est-ce la première fois que leur pointe durcira sous mes doigts ? Elle deviendra toute alanguie. Peut-être essaiera-t-elle, pour le principe de repousser mollement ma main ? Alors je poserai mes lèvres sur les siennes, sur ce fruit savoureux, ma langue en parcourra le contour et, vaincue, elle me laissera caresser librement ses seins…
Alors je poserai l’autre main sur son ventre, à travers la robe d’abord, pour ne pas l’effaroucher. Elle deviendra toute chaude, toute tremblante. Mais c’est elle qui me guidera jusqu’à ses cuisses nues et elle me laissera remonter lentement sous l’étoffe. Peu à peu, je prendrai possession de son ventre à même la chair nue et elle acceptera la chaleur déjà familière de ma paume. Quand je sentirai sous mes doigts que son ventre m’accepte, je les descendrai, doucement, jusqu’à l’élastique de son slip et m’insinuerai par-dessous en le faisant descendre, peu à peu, sur les hanches.
Ma main repose maintenant au creux de ses cuisses, sur le merveilleux triangle bombé, presque lisse encore tant est léger son duvet si doux.Et je la sens se raidir contre moi, s’arquer en arrière. Elle ne fait même plus semblant de me repousser, elle gémit doucement, elle répète mon nom d’une voix implorante. Elle ne sait pas ce qu’elle veut, ce qu’elle souhaite. Petite cousine, je le sais, moi…
- Qu’est-ce qui te prend ? Je tiens sur mes jambes, tu sais ! avait-elle dit avec un peu d’ironie.
Elle s’était détachée de lui, riant toujours, l’avait pris par la main, l’avait entraîné vers la plage.
- Viens ! Allons nous baigner, il y a des vagues aujourd’hui…
« Comment pourrais-je décemment me mettre en slip ? » s’était demandé Philippe. Mais la course jusqu’à la mer avait calmé son émoi…
Cet émoi qu’il sent renaître, maintenant, dans la chambre d’Hélène, seul avec le parfum de ses cheveux. « Que dommage qu’elle soit si jeune ! Sinon, elle et moi, nous pourrions, elle et moi… »
Oubliée, la jeunesse d’Hélène ! L’évocation devient si précise que Philippe rejette le peigne et s’enfuit jusqu’à sa chambre.
Dès qu’il a refermé la porte derrière lui, il porte la main à son pantalon, tire sur la fermeture éclair sous laquelle apparaît une saillie très visible…Il interrompt son geste. « Non ! Quand même ! Pas comme ça. Je ne suis plus un gosse ! » Il s’asperge le visage d’eau froide, ouvre une armoire, soulève la planche du fond et découvre sa cachette. Le trésor n’est pas bien riche : trois numéros de « Play Boy », une photo d’Hélène et un cahier couvert de moleskine noire et fermé par une serrure de fer blanc en forme de cœur.
Philippe prend le cahier, va chercher la clé au fond d’un vase, sur la cheminée, s’assied à sa table, le cahier ouvert devant lui, mordille le bout de son stylo. L’air est lourd, immobile. Au dehors on entend les cigales. Une goutte de sueur tombe de son front sur la page blanche et y laisse une tache étoilée. Philippe soudain se décide ; il se met à écrire.
18 juillet
Aujourd’hui, triomphe ! Je commence à être plus maître de moi. J’ai eu la faiblesse d’entrer chez H. en son absence ; je me suis laissé enivrer du parfum de sa présence, j’ai failli céder à la tentation. Mais je me suis repris et me voilà ici, devant ma table, à faire le point. Quel chemin parcouru ! Il n’y a pas si longtemps encore je n’étais qu’un gamin, incapable de me dominer…
Le stylo s’arrête, Philippe se remet à en mordiller le bout… « Pas si longtemps encore ? » La semaine dernière exactement ! Il avait plu tous les jours, la promenade était impossible, la plage peu attirante, tout le monde s’énervait. Et Tante Lise avait eu l’idée géniale d’inviter des voisins, petits et grands, et d’organiser des charades. Hélène était parmi les petits ; elle jouait la Belle au Bois Dormant. Avec ses dix-sept ans, Philippe s’était vu confier l’emploi de régisseur et de costumier, ce qui lui avait valu le plaisir de fermer les innombrables boutons du corsage de la Belle. Mais c’est le petit cousin Jacques qui avait eu le privilège de la réveiller d’un baiser…
Philippe était assis avec les adultes, au premier rang des spectateurs. Il regardait intensément la Belle endormie, ses longs cheveux épars sur la robe blanche, la main mollement posée sur le bord du cercueil. Et ce petit salaud de Jacques avait fait son entrée avec de grands moulinets de son chapeau à plumes, et il avait embrassé la Belle sur la bouche ! Elle avait eu un sourire radieux, lui avait jeté les bras autour du cou, dans un geste d’enfant, mais avait aussitôt retrouvé une allure de femme pour prendre le bras du Prince et sortir de scène avec majesté.
« Sur la bouche ! Il l’a embrassée sur la bouche ! » avait pensé Philippe en se précipitant vers les coulisses où il devait maintenant ramasser les accessoires et aider Tante Lise à faire un peu d’ordre. Hélène s’était approchée de lui, avec la même démarche de femme (un peu trop ondulante quand même !) et lui avait présenté le dos en tournant vers lui un visage de grande coquette.
- Philippe, tu veux bien m’aider à dégrafer ma robe ?
On dirait la chambre d’un garçon. Aux murs, des photos de bateaux à voile, des rayonnages couverts de livres (de vieilles encyclopédies, des romans d’aventure et de science fiction). Autour du lit, un filet de pêche avec des boules vertes. Pour tout objet de toilette, un peigne abandonné sur la cheminée. Quelques-uns des longs cheveux noirs d’Hélène y sont encore pris.
« Quel geste ridicule ! » se dit Philippe en portant le peigne à ses narines, pour retrouver le parfum sauvage d’Hélène, l’odeur de mer et de soleil qu’elle garde miraculeusement autour d’elle. Philippe ferme les yeux, les cheveux effleurent ses lèvres, les cheveux d’Hélène…
Quand Hélène est sur la balançoire, ils forment une grande masse sombre qui vient la fouetter au moment où, arrivée au sommet de sa course, elle commence à redescendre. Tantôt ils flottent loin derrière elle, ils dégagent son front et ses joues rieuses ; l’instant d’après, ils retombent sur son visage et le masquent complètement.
Un jour, Hélène a invité Philippe à se balancer avec elle. Flanc contre flanc, sur la planche étroite, ils étaient comme deux naufragés sur une mer en furie. Philippe était le protecteur, l’homme fort. Le bras passé derrière les épaules de sa jeune cousine, il aurait pu l’enlacer…mais il n’avait pas trop de ses deux mains pour s’accrocher à la corde, trop heureux, quand la balançoire remontait, de sentir le dos d’Hélène s’appuyer sur son bras. Et chaque fois que la chevelure noire lui balayait le cou et le visage, elle lui envoyait une grande bouffée d’air marin, une caresse d’algues.
Sous le bras levé qui tenait la corde, Philippe pouvait voir une ombre légère, quelques poils très fins. Hélène était toute chaude de soleil et de jeu mais l’odeur qui se dégageait de ses aisselles était douce, attirante. S’il avait osé, Philippe aurait posé un baiser sur le creux tendre et délicat. Cela, il pouvait le faire sans lâcher la corde. « Je ferais semblant d’avoir perdu l’équilibre. » Il allait le faire, tout de suite, quand la balançoire commencerait à redescendre. « Je n’ai qu’à me pencher un tout petit peu… » Il imaginait déjà la saveur de cette peau moite, un peu salée, sûrement…sa langue se contractait, il en avait, littéralement, l’eau à la bouche…
Tu m’ennuies dit soudain Hélène, on ne monte pas assez haut avec toi, laisse-moi y aller toute seule.
Elle l’avait fait descendre et s’était remise à se balancer. D’en bas, Philippe continuait à regarder les cheveux, soudain inaccessibles, et la jupe qui volait très haut pour se rabattre aussitôt sur les cuisses minces et hâlées, couvertes d’un duvet doré. « Comment est-ce possible alors que ses cheveux sont si noirs ? » Plus haut il apercevait parfois la culotte de coton blanc, une culotte de petite fille. « Elle porte encore du linge « Petit Bateau » et moi je lorgne sous ses jupes… » Il était encore tout chaviré par le mouvement de la balançoire. Hélène riait en remontant très haut, les bras levés. Il regardait fixement les aisselles touffues. « Non, pourtant ce n’est plus une petite fille… »
Le balancement se ralentissait, les cheveux ne bougeaient presque plus, la jupe restait sagement collée aux cuisses. Et soudain, sans même attendre l’arrêt complet, elle avait sauté, elle était tombée dans les bras de Philippe qui, d’instinct, s’était mis à la serrer très fort.
